colloque 2014

Pénurie de médecins en 2020
Vers une catastrophe sanitaire ? Quelles solutions ?

En préambule de son Assemblée générale, la CARMF a organisé un colloque sur la démographie médicale et la pénurie de médecins à venir. Cet événement a été l’occasion d’étudier l’ampleur du phénomène et les solutions pour y remédier.

Les projections démographiques de la CARMF

M. Chaffiotte
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M. Henri Chaffiotte
Directeur de la CARMF Sans compter les médecins en cumul retraite / activité libérale, on prévoit que le nombre de retraités en 2026 deviendra supérieur au nombre de cotisants. C’est la raison pour laquelle nous avions constitué des provisions dans le régime complémentaire pour permettre de compenser cette difficulté.

 

Les projections démographiques de la CARMF, présentées par M. Henri Chaffiotte, directeur, ne concernent que les effectifs de médecins libéraux. Au 1erjuillet 2014, on recensait 124 948 cotisants, chiffre supérieur aux prévisions d’il y a dix ans grâce, sans doute, aux 9 306 médecins en cumul retraite / activité libérale.
Nous devrions passer de 115 642 médecins cotisants à moins de 93 000 vers 2025 (hors cumul, + 12 000 si l’on compte les cumuls) avec ensuite une remontée pour retrouver les chiffres actuels en 2035. Les effectifs projetés de généralistes et de spécialistes suivent une évolution similaire, avec cependant une remontée des effectifs un peu plus rapide chez les spécialistes.
L’incidence du numerus clausus a également été étudiée et sa valeur a été estimée pour éviter une pléthore ou une pénurie de médecins. Après avoir constaté l’évolution similaire de la courbe du numerus clausus et de celle des effectifs des nouveaux affiliés CARMF, avec un décalage de onze ans, nous pensons qu’il ne faut pas toucher au numerus clausus actuel avant 2020 pour maintenir une démographie correcte. Si on le conservait au-delà, on se retrouverait un jour avec 152 000 médecins libéraux. De ce fait, il faut le baisser jusqu’à 6 000 en 2030 puis le remonter à 7 000 jusqu’en 2040 pour maintenir sur le long terme un chiffre de 130 000 médecins.

Les projections démographiques de l’Ordre

M. Romestaing
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Dr Patrick Romestaing
Vice-Président du CNOM On peut s’interroger sur la pertinence du numerus clausus et de tous ces jeunes qui avaient envie et qui étaient sûrement très motivés pour faire des études de médecine et participer à l’offre de soins de notre pays et qui se trouvent dans une situation parfois difficile en partant se former à l’étranger. Il faut attendre de voir ce que donneront les premiers résultats pour constater si l’enseignement délivré dans ces pays permet d’accéder aux choix de la spécialité que ces jeunes veulent exercer et dans la ville qu’ils auraient choisie. L’avenir nous le dira.

 

Le Dr Patrick Romestaing, Vice-Président du CNOM a ensuite présenté les projections de l’Ordre. Elles ne concernent pas que les libéraux, mais tous les modes d’exercice et portent sur 276 354 inscrits à l’Ordre, dont un peu moins de 200 000 sont en activité.
Ces projections se limitent à l’horizon 2020, en raison du comportement plus ou moins prévisible de populations identifiées ces dernières années. Ainsi, les effectifs de remplaçants (10 000), de médecins à diplôme étranger (un peu moins de 20 000), de médecins en cumul emploi /retraite (13 000 pour l’Ordre avec les salariés), et les effectifs de ceux qui cessent toute activité avant l’âge de la retraite, tout nouveau comportement, sont susceptibles de se modifier de manière importante dans les prochaines années.
D’autres phénomènes démographiques sont constatés. La proportion de femmes, actuellement de 44 % augmente de 1 % l’an, et atteindra 50 % dans six ans. Comme pour la CARMF, le nombre de médecins en activité s’est stabilisé depuis dix ans grâce à l’arrivée de médecins venus de Roumanie et de Bulgarie depuis 2007. Entre 2009 et 2013, un médecin sur quatre nouvellement inscrit à l’Ordre, est diplômé d’une université européenne ou extra européenne.
Ces projections ont été déclinées par région et par département (cf. Atlas démographique publié chaque année et disponible sur le site du CNOM : www.conseil-national.medecin.fr). L’Ordre constate que les effectifs des régions à plus forte densité de médecins diminuent plus vite que les autres.

Bien que le salariat soit privilégié par les nouveaux installés, cela ne génère pas l’effondrement de l’offre libérale à long terme. Même s’il ne sont que 10 % la première année, ils sont toujours 35-36 % à s’installer en libéral dans les cinq ans, dont un tiers s’installent seuls.

Les diplômes étrangers

Le Dr Romestaing a ensuite abordé le sujet des médecins à diplôme intra et extra-européen. Il a souligné que l’arrivée de ces médecins existe dans l’ensemble des pays européens. Ce flux migratoire a suivi une progression de 43 % en cinq ans en France et devrait encore augmenter de 33 % dans les cinq prochaines années. Les pays de provenance de ces médecins sont l’Algérie, la Roumanie, la Belgique, la Syrie, le Maroc et enfin l’Italie et l’Allemagne.
Le Maghreb représente ainsi un quart des 20 000 médecins concernés. Cependant, les diplômés roumains et belges restent le contingent le plus significatif ces dernières années.
Les médecins à diplôme étranger sont à 62 % des hommes, ils privilégient l’exercice salarié et l’installation dans les régions à forte densité comme le sud de la France et l’Île-de-France.

Le cumul retraite / activité libérale

M. Maudrux
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Dr Gérard Maudrux
Président de la CARMF

Il faut :
- diminuer les charges des bas revenus et des cumuls pour développer les remplacements et autres activités déchargeant les actifs à part entière ;
- mettre en place la réforme du régime complémentaire afin d’augmenter la retraite de ceux qui poursuivent leur activité pendant la retraite
- aligner l’âge de départ en retraite sur celui des salariés pour inciter les jeunes à s’installer
- enfin améliorer les conditions d’exercice pour diminuer les défections.

Le Président de la CARMF a décortiqué le cumul emploi /retraite pour constater que les chiffres de forte croissance en dix ans sont d’abord dus à la forte augmentation des jeunes retraités (issus du numerus clausus à 8 000 dans les années 70) et au fait qu’il y a maintenant des retraités remplaçants, ce qui était interdit avant.
S’il y a globalement plus de médecins en activité après 65 ans, ce qui est positif, il a attiré l’attention sur le fait que c’est l’inverse chez les plus jeunes retraités, ce qui est négatif. Ainsi il y avait 73 % d’actifs âgés de 65 ans il y a dix ans contre 52 % aujourd’hui, ensuite ces chiffres s’inversent. Fort de ces constats, il a fait des propositions pour augmenter les effectifs.

Le point de vue de l’Ordre

M. Bouet
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Dr Patrick Bouet
Président du CNOM Il faut mettre le médecin au cœur de la politique des coopérations professionnelles et c’est ce que nous mettons en miroir à ces affirmations de délégations de tâches et de délégation de compétences.

Nous ne réglerons pas le problème de la démographie médicale ou de l’affirmation des difficultés d’accès aux soins par le fait d’enlever à la profession de médecin des responsabilités et de les donner à d’autres professions qui, elles-mêmes avec des compétences ou des tâches nouvelles à exercer, devront remettre à d’autres professions une partie des tâches qu’elles ne peuvent plus exercer, et donc créer une cascade domino qui va poser des problèmes à toutes les professions qui devront se segmenter en matière de compétences.


Pour le Dr Bouet il n’est pas question pour l’Ordre de participer à la vente de la médecine par appartement et il refuse la notion de « délégation de tâches ». On ne peut d’un coup donner une compétence tombant du ciel à une profession qui n’a pas le même contenu de métier, sans que celle-ci n’ait été acquise par un cursus d’études. Cela nécessite aussi une étude d’impact en matière d’efficience ou de qualité des soins. Il a également insisté sur la nécessité de sanctuariser les contenus spécifiques du métier de médecin et de les défendre avec force.